Fabien Scandella, ex-banquier : « Peu à peu, j’ai perdu le plaisir d’aller au travail »

A man in a plaid shirt sits by the water looking distressed, symbolizing stress.

« Près de 44 % des répondants présentent un risque élevé ou très élevé de burn-out », selon une étude réalisée fin 2024 par le Syndicat national de la banque et du crédit (SNB). Le monde de la banque s’est métamorphosé et il semble devenir compliqué de s’y sentir bien. Fabien Scandella, ancien salarié, puis directeur de banque, s’est réorienté après que son corps l’ait lâché.

Qu’est-ce qui vous plaisait initialement dans le métier de banquier ?

En agence, nous pouvions exercer notre métier dans le cadre d’une vraie relation avec les clients, des temps d’échanges, une véritable approche conseil. Il y avait de l’humain, du travail d’équipe. C’était un métier qui avait du sens !

Avez-vous perçu une évolution dans le monde de la banque ? Si oui, laquelle ?

Des banques françaises ont fusionné entre elles. Ce n’était pas simple de réunir deux visions différentes du métier. Le personnel en a souffert. Puis, le métier s’est complexifié, pour toujours plus de rentabilité. Les banques ont ensuite multiplié les métiers : la banque, l’assurance, pour certains la téléphonie. Il devenait difficile alors d’être compétent dans tous les domaines, et de pouvoir toujours amener une réponse qualitative aux clients.

« Pour beaucoup, il y a une véritable perte de sens dans le travail au quotidien. »

Quels sont, selon vous les plus gros facteurs de burnout dans de monde-là ?

La surcharge de travail au quotidien, tant par le nombre de clients trop important à gérer pour chacun que par la pression des objectifs. Il convient d’ajouter l’exigence de la réglementation et des normes à respecter dans chaque tâche réalisée. Pour beaucoup, il y a une véritable perte de sens dans le travail au quotidien.

À quel moment avez-vous commencé à ressentir une pression excessive ou un mal-être dans votre travail ?

Le changement « de monde » est survenu avec l’arrivée de la tarification bancaire, puis avec la crise financière en 2008. Ensuite, le mal-être qui s’est installé peu à peu chaque jour, chaque année.

Selon une étude de 2024 du SNB, le Crédit Mutuel serait la banque où les salariés seraient les mieux lotis. Au contraire, la Société Générale présente les pires résultats. Un mot là-dessus ?

Le Crédit Mutuel affichait un mode de fonctionnement resté longtemps différent des autres réseaux bancaires français. Il plaçait l’humain au centre de la relation travail. 

Son modèle, permettait encore de soigner l’approche client. Le management était réfléchi. Moins de pression, et des objectifs commerciaux plus sensés.

Cependant, je ne connais pas suffisamment le réseau du groupe Société Générale pour en parler.

Toujours selon cette étude, 1 salarié sur 2 estime ne pas avoir les moyens nécessaires pour suivre l’intensité demandée et 9/10 que les contraintes réglementaires ont augmenté. Comprenez-vous ces chiffres ?

Totalement. Cela exprime les facteurs comme l’accroissement de la taille des portefeuilles de clientèles, une charge de travail supplémentaire par la réglementation et les normes à respecter, une pression des résultats et objectifs commerciaux, une pression des managers, etc. 

Quels en ont été les signes avant-coureurs de votre burnout ?

Peu à peu, j’ai perdu le plaisir d’aller au travail chaque jour. J’ai mis du temps à comprendre que je ne trouvais plus de sens à exercer ce métier.

Alors sur des postes de direction, il était devenu pour moi difficile de faire passer les bons messages à l’équipe que j’encadrais.

« Il m’aura fallu plus d’un an pour me remettre »

Avez-vous eu un suivi pour surmonter cette période ?

En ce qui me concerne, le corps a stoppé un matin et je présentais des « crampes » des muscles respiratoires. Je m’estime chanceux d’avoir eu tout d’abord un médecin généraliste qui a pris le temps chaque semaine pendant plus d’un mois de s’assurer que peu à peu je prenais conscience que j’étais allé trop loin physiquement. Il m’aura fallu plus d’un an pour remettre mon organisme tel qu’il était avant.  J’ai fait aussi appel à des pratiques de médecines douces, Acupuncture, Kinésiologie de façon à réaliser un reset complet de mon organisme. Enfin, mon entourage familial, proche a beaucoup contribué à mon retour à l’équilibre. Et à la prise de conscience.

Comment avez-vous pris la décision de quitter la banque définitivement ? Était-ce une décision difficile ?

Mon corps m’a imposé de prendre de la hauteur et du recul sur ma vie professionnelle. Ainsi, très naturellement, est venue la décision de changer de métier.

Avec le recul, pensez-vous que votre burn-out était évitable ? 

Il l’était. J’avais conscience que j’allais contre-nature chaque jour, des évolutions négatives de ma profession. J’aurais dû bifurquer professionnellement bien avant !

Que diriez-vous à une personne qui se sent aujourd’hui au bord du burn-out dans son métier ?

Il faut savoir écouter son corps. Il faut être vigilant, dès les premiers signes de fatigue excessive, de désabus, de démotivation… Ce n’est pas de l’égoïsme que de savoir parfois penser à soi !

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