Faim d’espoir : le combat silencieux des bénévoles de la banque alimentaire

Malgré le froid, des dizaines de gilets orange s’activent dans les coulisses de la banque alimentaire. Mais la bonne humeur et la bienveillance ne suffisent plus à faire oublier les problèmes auxquels l’association est confrontée. Une diminution des récoltes pour un nombre croissant de bénéficiaires, le discount des supermarchés et la crainte de la baisse de subventions planent au-dessus de la banque et de ses bénévoles. Des bénévoles qui cherchent désespérément de nouvelles solutions pour continuer à venir en aide aux gens dans les besoins.

Au milieu des transpalettes et des caddies, des dizaines de gilets orange s’activent dans les coulisses de la banque alimentaire de Bordeaux. Un balai constant de discussions et de machines. Si l’on tend l’oreille, on distingue les pépiements des oiseaux ayant trouvé refuge sous les poutres de l’entrepôt aux teintes grises et bleu délavé. 

La banque alimentaire s’engage à lutter contre le gaspillage, la malnutrition et la sous-nutrition. Véritable fourmilière bien rodée, elle vient en aide à quelque 22 800 personnes parmi lesquelles on retrouve migrants, retraités, familles monoparentales et étudiants – auxquels 550 poches repas sont destinées chaque semaine. Ils sont environs 250 bénévoles. Chacun a son rôle et s’y tient : organisation, rangement, chargement, livraison, nettoyage ou encore recyclage. Ce travail est réalisé en collaboration 127 associations, auprès desquelles la banque alimentaire agit en tant que « grossiste » explique Jean-Marc, bénévole depuis 1 an. L’association La Nomali est une d’entre elles. Elle récupère les fruits et légumes proches de la date limite de consommation, et les transforme en jus, en confiture, en sauce ou encore en coulis, avant de les renvoyer à la banque qui les redistribue. Un cycle vertueux qui met l’ingéniosité au service de la solidarité.

L’ambiance est légère à la pause de dix heures. L’odeur du café se mêle aux rires. Une ambiance chaleureuse qui nous réchauffe malgré le froid. Dans l’entrepôt règne bienveillance et esprit famille. Jany, bénévole depuis 4 ans maintenant, en témoigne avec une émotion particulière : « Ça fait du bien, le contact fait plaisir. Il y a de tout, de toutes les couleurs, de toutes les origines, de toutes les religions. Les gens viennent ici pour rigoler et pour certains, la banque est leur famille ».

Derrière cette bonne humeur palpable, une ombre plane. Les visages se crispent parfois, les regards se croisent, lourds de souci. « Il y a de plus en plus de bénéficiaire pour de moins en moins de récoltes » nous souffle Jean-Marc. « Et pourtant, nos récoltes diminuent. » En cause, ces supermarchés qui pratiquent le discount. -10%, -20%, -50%. Une pratique qui réduit les invendus : la banque alimentaire en pâtie. À cela s’ajoute le spectre d’une baisse des subventions. Une crainte amplifiée par la crise politique actuelle. Une équation complexe quand on sait que l’association se voit dans l’obligation d’embaucher des salariés pour accomplir certaines tâches qui demandent compétences.

La banque alimentaire se sait à la croisée des chemins. Elle mène une lutte silencieuse pour maintenir l’aide face à des besoins qui ne cessent de grandir. On ressent une réelle détermination farouche unissant les gilets orange. Ils cherchent, espèrent. Car au-delà des chiffres, il y a des vies. 

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